FLORENCE ALBARET
Extrait de Lenz de georg Büchner. traduction G-A Goldschmidt

" En toutes choses je réclame Vie, possibilité d'exister, et cela suffit. Nous n'avons pas à nous demander si c'est beau ou laid, le sentiment d'avoir créé quelquechose de vivant est au-dessus de ces deux jugements. c'est le seul critère en matière d'art. (...) Les gens ne savent même pas dessiner une niche de chien. Et on voudrait alors des figures idéalistes, mais tout ce que je vois ce ne sont que des pantins de bois. Cet idéalisme c'est le mépris le plus infâme de la nature humaine.(...) Les plus belles images, réunissant les tons les plus intenses, se dissolvent. Une seule chose reste. Une infinie beauté qui émerge d'une forme pour devenir une autre, éternellemnt effeuillée, changée: on ne peut certes pas toujours la retenir et la mettre dans des musées, la fixer dans des notes, appeler jeunes et vieux, et laisser radoter là-dessus et s'extasier les petits garçons et les vieillards. Il faut aimer l'Humanité pour pénéter dans l'être particulier de chacun, pour ça personne ne peut être ni trop laid ni trop peu de chose; un visage insignifiant fait une impression plus profonde que la simple sensation du beau; et on peut laisser les formes sortir d'elles-mêmes sans copier quelque chose du monde extérieur, où aucune vie, aucun muscle, aucun pouls ne bat et ne se gonfle."