ISADORA CHICOINE-MARINIER
Extrait de : « Les préoccupations pour le corps chez Barney et Guerrera »

« […] les travaux de Matthew Barney et de Massimo Guerrera s’avèrent animés par la présence d’objets hybrides, qu’ils ont eux-mêmes fabriqués ou bien qu’ils se sont appropriés, ce qui confère une dimension matérielle fondamentale à leurs œuvres. Il est intéressant de remarquer que leur répertoire d’objets respectif présente de nombreuses similitudes sur le plan des formes, des matériaux et même des usages. D’abord, tous deux exploitent la prothèse qui sert d’adjonction au corps afin de modifier la physionomie du sujet. Il est question alors d’une même conception du corps modifiable qui se manifeste dans la volonté de transformer le corps conventionnel et donc de déjouer l’intégrité corporelle. Chez Barney, cela est emblématique du besoin de l’être humain de dépasser les limites que la nature lui impose. Quant à Guerrera, cela lui permet d’introduire une « nouvelle gestion des corps 1 », de dénaturaliser et de compliquer nos rapports à l’environnement, dans le but justement d’en prendre conscience. Ainsi, on peut rapprocher sa démarche de celle de Barney, dans la mesure où il joue lui aussi sur les effets de contrainte ou de résistance imposés au corps, dans l’optique d’une réflexion sur les limites de celui-ci. Ensuite, on remarque aussi la présence d’autres objets sculptés dans les œuvres de Barney et Guerrera qui se rejoignent de par la référence constante au corps. […] »

1 Marie-Ève Charron. « Les flirts avec l’altérité chez Massimo Guerrera », MIX Magazine, vol. 27, no. 2 (automne 2001),  p. 40.