GENTIANE LAFRANCE

Extrait de « La représentation de l’absence dans l’oeuvre de Sophie Calle »

Alors que dans l’Hôtel, lorsqu’elle fouille dans les effets personnels, les lettres et les  vêtements dans les chambres d’hôtel en l’absence des gens, Sophie Calle va rendre compte de l’absence de ces inconnus en photographiant le lit vide, mais également les objets personnels qui sont présents, les traces des inconnus.  En outre, Sauvageot souligne que : « le cumul des inventaires brouille toute tentative d’identification de personnes qui, malgré ce que nous en disent leur courrier et quelques bribes de leurs conversations, ne sont assimilables qu’à leur absence 1».  La surcharge de traces   vient ici flouer toute cohérence et accuser cette impression d’absence.  D’autre part, dans l’oeuvre Souvenirs de Berlin-Est, l’artiste sonde les habitants de Berlin-Est à propos du souvenir qu’ils ont de monuments et plaques commémoratives politiques de l’anciennne RDA qui ont été retirés et ont disparu.  Sophie Calle affirme : « J’ai photographié cette absence et interrogé les passants.  J’ai remplacé les monuments manquants par le souvenir qu’ils ont laissé 2».  Ainsi, des photographies de ces lieux vidés sont accompagnées d’une accumulation de bribes de témoignages qui rendent la mémoire des habitants.  S’il apparaît indéniable qu’une image de l’absence avec un texte qui évoque la chose disparue ne peut pas « remplacer » ces monuments, l’artiste ajoute toutefois une autre photographie, tirée d’archives, qui représente la présence du dit monument.  Alors, si elle tente d’un côté de restituer les monuments en documentant ses traces actuelles, soit topographiques avec la photo, soit dans la mémoire avec les textes, c’est dans les archives qu’elle trouvera la trace de la présence de l’absence. 

1 Anne SAUVAGEOT, Sophie Calle : l’art caméléon, Paris, Presses universitaires de France, 2007, p. 63.

2 Sophie CALLE, Souvenirs de Berlin-Est, Arles, Actes Sud, 1999, p. 11.